La pierre dorée se reconnaît car elle scintille de mille feux au soleil. Sa couleur jaune ocre très caractéristique la rend unique. Principalement utilisée pour la construction, elle agrémente la campagne lyonnaise de sa superbe. Selon la saison, selon le moment de la journée, elle se pare d’un drapé unique et d’une couleur exceptionnelle qui agrémente les monts et coteaux.

Où la trouve-t-on dans le Rhône ?

C’est un matériau de construction utilisé essentiellement au nord ouest de Lyon, en particulier dans les monts d’or, le beaujolais et le lyonnais. Vous aurez le plaisir de découvrir des simples habitations, des églises, des chapelles, des domaines, des croix de chemin, des cabanes de vignes nichés dans un village, au bout d’un chemin, le long de champs, au bord des vignes…Mais aussi des sculptures, des cheminées, des lavoirs, des puits, des murets et bien d’autres choses encore. Et là, c’est sûr, vous êtes au pays des pierres dorées ! A elle seule la pierre dorée constitue une grande partie du patrimoine rural.

De très nombreux villages, parfois haut perchés, sont construits entièrement de pierres dorées. Souvent entourés de vignobles, ils vous invitent à la découverte et à la balade.

Quel est le secret de son éclat ?

C’est une pierre calcaire constituée de débris de crinoïdes. A l’époque des dinosaures, une mer intérieure recouvrait le beaujolais. La sédimentation d’organismes marins nous a laissée ce bel héritage.

Les crinoïdes sont ces petits animaux marins ressemblant à des plantes mais pourvus d’un squelette calcaire, qui, lorsqu’ils écartent les bras rigides, filtrent l’eau pour se nourrir du plancton. Actuellement on les trouve encore cantonnés aux mers tropicales, en Méditerranée ainsi qu’une espèce dans l’Atlantique nord. Pendant le Paléozoïque et le Mésozoïque les crinoïdes sessiles abondaient et constituaient de véritables prairies sous-marines. En mourant, ils se disloquaient et leurs nombreux débris fossiles solides se retrouvent aujourd’hui dans des calcaires dits « calcaires à entroques ». Les débris remonteraient à L’Aalénien, le premier étage stratigraphique du jurassique moyen de -174,1 ± 1,0 à -170,3 ± 1,4 million d’années.

La pierre est teintée par de l’oxyde de fer, lui donnant cette couleur si particulière. Et ce sont les débris de crinoïdes, qui grâce à leurs facettes, réfléchissent la lumière et lui donnent royalement cet aspect doré.

Des paysans aux nobles…

Au départ, les paysans se servaient de cette pierre pour construire leur habitat, les lavoirs, les croix de chemin, les cabanes de vigne. Pas de recherche esthétique, puisque les murs de pierres étaient crépis jusqu’au XIXème siècle. Chaque commune avait son gisement.

A la renaissance, de grandes familles lyonnaises commandent cette fameuse pierre dorée, qui se retrouve aujourd’hui dans le vieux Lyon, en particulier le palais et de belles maisons. Berceau de la renaissance, on retrouve la pierre dorée d’un bout à l’autre de ce côté de la Saône, peut-être parce qu’à cette époque, le doré est très recherché. La pierre était transportée sur des voitures à cheval, ou par bœufs pour des petites distances. Puis par chemin de fer, via la gare de l’Arbresle.

Rapidement c’est dans les monts d’Or et non dans le Beaujolais que sera commandée la pierre, avec un acheminement facilité par la Saône. A la fin de XIXème siècle, de nombreuses carrières ferment alors. Les viticulteurs perdent leur vigne, à cause du phylloxera et du mildiou. C’est l’exode. De plus, le chemin de fer permet d’importer des pierres de meilleurs marchés puis le béton est inventé.

Où trouver cette pierre aujourd’hui ?

Deux carrières sont toujours en activité : A Theizé, la carrière rouverte par Fabrice Molina a le droit d’extraire 250 tonnes par an jusqu’en 2024. Et la carrière de Belmont, où les ciments Lafarge extraient 1 500 tonnes de pierre chaque année, destinées à la restauration du patrimoine rural. L’équivalent d’un muret de deux kilomètres de long seulement.

Aucune pierre n’est oubliée. Une maison en ruine par exemple est recyclée afin de restaurer des habitats en pierres dorées. En effet, c’est une pierre tellement particulière, qu’il n’est pas joli de la remplacer par une autre lors d’une restauration.

Séjourner au cœur des pierres dorées

Maison d’hôtes de charme :

Le Manoir Tourieux, situé à Savigny, est une maison d’hôtes construite avec 3 pierres, dont principalement la pierre dorée extraite des carrières d’Oncin. . En façade sur cour, une avancée arrondie met en valeur la pierre dorée. L’originalité de cette construction vient de ses angles savamment arrondies, et les ouvertures en demi cintre dans les communs et la montée d’escalier, conférant au domaine une grande douceur. L’ancienne étable, devenue salle de réception est composée de roche rose-rouge. Les colonnes du préau sont plutôt blanches, un calcaire à gryphées. L’abbaye de Savigny également avait été construite avec cette sorte de granit rouge, abondant dans la région de Tarare.

Découverte de la géologie :

A un quart d’heure du Manoir Tourieux, s’offre à vous la seule carrière aménagée et ouverte gratuitement pour la visite : la carrière d’Oncin à Glay sur la commune de Saint Germain sur l’Arbresle. Elle fut active durant 500 ans. Située sur un promontoire, une table d’orientation à l’entrée de la carrière permet de se situer parmi tous ces beaux villages et offre une vue panoramique sur la magnifique campagne environnante des monts de Tarare, du lyonnais et de la vallée d’Azergues. Un court parcours permet d’accéder au lieu d’extraction de la pierre. Des tables d’explications nous apprennent les techniques d’extraction, les outils, le travail des tailleurs afin de créer une forme à partir du bloc extrait, les différents corps de métiers nécessaires etc. Chaussé de baskets, je recommande de suivre le sentier ombragé qui passe au dessus de la carrière, permettant ainsi d’apprécier la vue aérienne du front de taille.

Puis, situé à Saint Jean des vignes, se trouve l’espace pierres folles qui est un site géologique phare du beaujolais. Vous découvrirez une collection de plus de 1000 fossiles différents, des espèces botaniques, un joli sentier qui raconte l’histoire géologique. Vous comprendrez comment la terre a écrit l’histoire économique de ses habitants. Cette terre calcaire adaptée à la culture de la vigne.

La pierre dorée, au gré des promenades…

Le plaisir ensuite est de circuler entre les différents villages, afin d’admirer cette pierre.

Tout proche, à l’Arbresle, ne loupez pas la maison Jacques Cœur, avec ses douze fenêtres à meneaux, son escalier à vis et sa cour intérieure. L’espace découverte de l’office du tourisme est lui aussi niché dans une maison en pierres dorées magnifiquement rénovée. On comprend encore aujourd’hui les plans de la vieille citadelle avec plusieurs portes d’entrée. Une vingtaine de mètres de remparts existe encore (en 1060 3 remparts protègent le bourg ; la première entoure le château, la deuxième le vongtain et la troisième le bourg). Il y a aussi une borne royale qui marquait l’étape entre Paris et les foires de Lyon au XVIIIème siècle. Une petite grimpette sur l’éperon vous mène au donjon et à l’église Saint Jean Baptiste.

Il faut imaginer lorsque existait l’abbaye de Savigny, la vieille place forte était piquetée de tours aux toits polygonaux. L’une des tours à vis est visible dans le vieil Arbresle. Il subsiste également la porte d’enceinte de Savigny qui ralliaitt L’Arbresle à Savigny.

Savigny ne cesse d’accroître dès 817. Son apogée se situe au début duXIIIème siècle avec de nombreux prieurés, forteresse possessions. Son étendue est vaste. Elle reçoit des revenus de plus de 70 paroisses ! Pour se protéger les abbés construisent châteaux et maisons fortes. Après les guerres de religion et la révolution, l’abbaye ne sert plus que de carrière de pierres. Malheureusement il ne reste plus grand chose à Savigny. On peut voir encore la tour de l’horloge du XIIème siècle, des maisons de dignitaires situées dans les murs, le porche de la maison abbatiale du Xvème siècle en pierres dorées. Un musée lapidaire renferme des éléments de l’abbaye sculptés dans le grès rouge local, la pierre jaune de glay et la pierre de Lucenay.

A coté, à Sain Bel, le château de Montbloy qui surveillait à l’époque le passage de la Brevenne vers l’Abbaye de Savigny, a de larges fenêtres à meneaux en pierre dorée.

Non loin, découvrez le magnifique château de style florentin de la Pérollière (aujourd’hui occupé par ERDF), à Saint Pierre la Palud. Construit à la fin de XIXème siècle pour la famille Mangini, cette construction somptueuse met en valeur la pierre dorée.

Sur l’autre versant, une petite promenade dans le village de Bully, entouré de ses vignobles, vaut le détour. Au sommet du village trône un magnifique château médiéval, une ferme avoisinante, la jolie mairie avec ses piliers en pierre dorée et l’église.

Le village du bois D’oingt est le village centrale des pierres dorées. Entouré de Oingt, citadelle des pierres dorées où on admire encore la tour de 18 mètres, ses rues pavées incitent à déambuler afin de découvrir la vus panoramique. En 2008 le village est classé parmi les plus beaux villages de France. Également éclatants sous la pierre dorée, les villages de Chessy les Mines, Châtillon, le Breuil, et de nombreux châteaux ( à Theizé, Bagnols, Jarnioux, Sorlin, Anse, Charnay, Moiré, Morancé) et nombreuses églises (à L’Arbresle, Bibost, St Germain, savigny, Brullioles, Bessenay, St Romain de Popey…)

Alors, qu’attendez-vous pour découvrir ce petit trésor de la nature ?