Le couvent dominicain sainte Marie de La Tourette, situé à Eveux, une petite commune tout proche de Lyon, a été construit par Le Corbusier entre 1953 et 1960. Passionnés d’architecture et de photographies ou retraites spirituelles ; le couvent accueille des visiteurs du monde entier.

J’ai visité pour vous !

De la fenêtre de ma chambre d’hôtes du deuxième étage du Manoir Tourieux, de l’autre coté du coteau, je vois le convent, lorsque les feuilles tombent.

Qu’a-t-il donc ce couvent ? Un bloc de béton, c’est cela ? Disons que ce n’est pas vraiment le genre de construction plébiscitée par les revues touristiques.

A tors.

De l’Arbresle, je monte tranquillement vers le couvent de la Tourette, comme l’appel à un pèlerinage. Je passe devant un somptueux château du XVIIème siècle, situé à l’entrée du domaine. Surplombant la forêt et avec une vue panoramique sur la campagne environnante, je découvre, au bout de l’allée, ce rectangle de béton armé. Et tout de suite, je suis remplie d’une grande sérénité, et ma curiosité est éveillée. J’ai la chance de visiter les lieux, à plusieurs reprises, avec des moines dominicains passionnants. Je suis émerveillée par l’originalité de ce bâtiment, conçu dès l’origine comme des plateaux modulables. Ce mélange de courbes et de droites, lui confère une grande géométrie. Son ouverture sur l’extérieur avec ses nombreuses vitres lui apporte une belle luminosité.  L’impressionnante porte d’entrée de l’église est pivotante et mystérieuse, comme un passage secret. L’église sombre et froide est propice au recueillement et à la méditation. La crypte colorée dans laquelle tombe la lumière par puits est un appel à la prière. La forêt au pied du couvent abrite une jolie glacière parfaitement rénovée qui me laisse imaginer la vie d’avant. Le calme de la forêt est une invitation au ressourcement. Au bout du chemin, le cimetière dominicain est à l’image de ses habitants, humble, dépouillé, simple et au cœur de la nature.

La galciere du couvent de Tourette à Eveux

Les moines dominicains du couvent de la trourette

Le Corbusier déclara : « Ce couvent de rude béton est une œuvre d’amour. Il ne se parle pas. C’est de l’intérieur qu’il se vit. C’est à l’intérieur que se passe l’essentiel. »

L’histoire

C’est en novembre 1943 que l’ordre des dominicains acheta le domaine de la Tourette. 10 ans plus tard, l’architecte renommé Le Corbusier est missionné pour proposer un projet de construction selon les préceptes religieux de la communauté et la quête spirituelle de leur ordre ; sobriété et pauvreté. L’ordre dominicain souhaite un studium de la province de Lyon, soit un lieu de formation pour 80 jeunes entrant dans l’ordre des Prêcheurs pour leurs sept années d’études. Le frère Belaud explique son choix pour Le Corbusier : « Ce choix était inspiré par un désir de fidélité à la tradition dominicaine ». Saint Dominique, en son temps, fut un novateur qui voulut adapter l’église à une société en pleine évolution. « Il était nécessaire de montrer que la prière et la vie religieuse ne sont pas liées à des formes conventionnelles et qu’un accord peut s’établir entre elles et l’architecture la plus moderne à condition que celle-ci soit capable de dépassement. Connaissant l’œuvre de Le Corbusier et son inspiration, ce que nous avions à lui demander ce n’était pas d’avoir la foi, mais de comprendre en architecte les signes et les conditions humaines de la foi. ». Ce que Le Corbusier réalisera à la perfection…

Malgré des difficultés financières, le projet démarre en 1956, est terminé en 1959 et inauguré le 19 octobre 1960 en présence de Le Corbusier et de l’archevêque de Lyon, le cardinal Gerlier. Les économies de moyens auront pour conséquences une mauvaise isolation thermique et acoustique et une mauvaise étanchéité.

La cour intérieure du couvent de la Tourette Le Corbusier

L’architecture : du béton armé

Les plans ont été réalisés par Le Corbusier, avec son associé André Wogenscky et secondé par Fernand Gardien. La couvent représente les 5 points de l’architecture moderne et respecte les proportions du Modulor.

Le couvent est construit sur pilotis, en suivant la pente accrue du terrain, sur 5 étages en élévation. Au lieu de casser la pente, Le Corbusier s’est servi de la déclivité.

L’ensemble comporte le parloir, le réfectoire, le cuisine, la bibliothèque, les salles de cours, une salle de chapitre, un cloître et une église. La centaine de cellules individuelles est construite de manière simple, d’une hauteur de 2,26 (celle d’une homme au bars levé) offre l’optimisation d’une espace minimal qui donne sur une loggia. Tout est construit en béton, très géométrique, avec des toits plats terrasses qui servent de cour de méditation entourée de murs de 1m70 de haut . Le réfectoire qui est un lieu de rassemblement et de communication, offre une vue panoramique sur la campagne environnante grâce aux grandes baies vitrées qui intègre le panorama à l’architecture.

Certaines parties, dont les galeries du cloître, sont faites de claustras verticaux en béton garnis de verre. Ces pans de verre ondulatoires ont été inspirés par le compositeur et architecte Iannis Xenakis.

Le verre et le Béton de Le Corbusier au couvent de la Tourette

Pour que l’église soit protégée des vents du nord et non confinée, elle a été construite hors des autres bâtiments. En forme de quadrilatère, sa lumière est particulière. Sombre, elle est éclairée par des fentes horizontales parées de vitraux et par la crypte adjacente. La crypte absidiole est en forme de vague, plutôt colorée et éclairée par des puits de lumière, ou canons à lumière, qui ressemblent à des cheminées.

Aux extrémités des couloirs, des fleurs de béton obligent à se pencher pour admirer le paysage.

Les façades orientées sur la cour intérieure sont en carrés Mondrian de verre et béton.

La vue panoramique du couvent de la Tourette

 

L'église du couvent de la Tourette et son puit de lumière

Le Corbusier classé au patrimoine mondial du l’UNESCO

Le 27 août 1965, Le Corbusier décède. Sa dépouille mortelle est transférée à Paris pour des obsèques nationales. Le 31 août, les frères dominicains veillent sa dépouille dans l’église conventuelle au couvent de la Tourette, où le convoi fait halte.

Le 8 septembre 1965, le patrimoine est inscrit à l’inventaire des monuments historiques.

Le 11 décembre 1979 il est labellisé « patrimoine du XXème siècle ».

Le Couvent de la Tourette est la dernière grand œuvre construite par Le Corbusier en France. Les architectes français, en 1986, l’ont d’ailleurs choisit comme la plus importante œuvre contemporaine après le centre Pompidou de Piano et Rogers.

En 2006, le couvent de la Tourette a été inscrit, ainsi que 16 autres œuvres de Le Corbusier, au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Le béton armé du couvent de la Tourette

Qui habite sur place aujourd’hui ?

Une dizaine de moines dominicains de la province de France habitent sur place et partagent leur journée avec des temps de prière, de travail et d’échange.

Le réfectoire du couvent de la Tourette

Est-ce ouvert au public ?

Après la crise de mai 1968, ce lieu d’étude est fermé. C’est grâce à la résistance d’une vingtaine de dominicains que le lieu n’est pas vendu . Le lieu est coûteux à entretenir et rénové. Suite à sa première vocation de studium, le couvent devient un centre de colloque et d’études sous l’appellation Centre Thomas More, puis un Centre Culturel de Rencontre (colloques nationaux et internationaux et aux retraites spirituelles)jusqu’en 2009.

Construit à l’économie le couvent souffre de nombreuses dégradations. Des gros travaux de rénovation ont eu lieu grâce à deux mécènes, Spie Batignolles et Velux. : de 2006 à 2010, 3 ailes du bâtiment et de 2011 à 2013, la crypte, l’église et la sacristie.

A présent le couvent de La Tourette organise tous les ans un programme culturel « Les Rencontres de La Tourette » ainsi que des expositions d’art contemporain tous les automnes.

La dernière exposition fut celle de Anselm Kiefer dans le cadre de la biennale d’art contemporain de Lyon en 2019.

Pour les horaires des visites guidées et autres manifestations, voici leur site web Site Couvent de la Tourette

L'eglise du couvent de la Tourette

Le recuillement au couvent de la Tourette

La crypte crée par Le Corbusier

Comment s’ y rendre ?

En voiture, à partir de Lyon sur l’A6 , prendre l’A89 direction Clermont Ferrand et sortir à l’Arbresle (sortie gratuite n°36). La couvent se trouve alors à une quinzaine de minutes à Eveux.

En train, depuis Lyon part Dieu, Lyon Perrache, Lyon St Paul ou Lyon Gorges de Loup, c’est direct jusqu’à la gare de l’Arbresle. Puis il vous faudra marcher une demie heure ( environ 2km).

Vue panoramique au travers du béton de la Tourette

Ou dormir ?

Si vous recherchez une expérience de retraite spirituelle dans le dépouillement d’une cellule, restez sur place. Infos et réservations ici : Site Couvent de la Tourette

Si vous avez envie d’un hébergement calme, mais confortable, je vous propose de vous accueillir au Manoir Tourieux, un domaine de charme du XIXème siècle en pierres dorées situé dans un parc aux arbres centenaires. Situé à Savigny, à 15 minutes en voiture du couvent de la Tourette, notre propriété offre 2 belles chambres d’hôtes de charme vastes et lumineuses.

C’est le lieu idéal pour faire une petite escape dans la campagne lyonnaise. Envie de venir ?  Réserver une chambre  

Karine Philibert – Manoir Tourieux